The Vegas Wedding by Tamara Balliana

— S’il te plait ! Un petit indice, imploré-je.

— Non ! Je t’ai déjà dit non, me répond-il d’une voix ferme qui ne laisse aucun doute sur son inflexibilité.

J’avais déjà essayé les yeux de cocker, le chantage affectif, rien n’y fait. Paul ne veut pas me donner la moindre information au sujet de la cérémonie de notre mariage qui aura lieu dans deux jours.
The Vegas Wedding
The Vegas Wedding by Tamara Balliana
Il ne me reste qu’une seule carte à jouer… — Peut-être que si je suis vraiment très très gentille avec toi… susurré-je à son oreille tout en commençant un chemin de baisers depuis sa mâchoire, en direction de son cou, puis son torse… — N’essaye même pas de me corrompre Alice, je ne marcherai pas, rétorque-t-il en m’assenant une claque sur la fesse. Il se soustrait alors à mon étreinte, et se glisse hors du lit. Je l’observe, l’œil noir pour lui faire comprendre mon mécontentement. Mais lui part en direction de la salle de bain, m’ignorant totalement. Je n’ai plus qu’à me consoler en matant son adorable fessier musclé, moulé dans son boxer noir. Une fois Paul disparu, je me retourne sur le dos, puis fixe le plafond en soufflant. Comment pourrais-je faire ? Il est hors de question que je remonte l’allée dans deux jours, en ayant seulement géré ce que je porterai, et laissant toute l’organisation aux bons soins de mon futur mari. C’est mon mariage, et je suis Wedding Planner, bordel ! Imaginons qu’il ait choisi une déco horrible, par exemple. Tous les gens qui verront les photos de notre mariage vont penser que j’ai vraiment mauvais goût ! Et je devrai vivre avec ça toute ma vie ! Je suis sûre qu’il n’a même pas pensé aux cadeaux d’invités, vous savez un petit cadeau à poser sur la serviette pour chacun des invités pour les remercier d’être venus. Ou même aux boutonnières pour les témoins, j’en suis certaine, il a dû oublier. Mon Dieu, on ne peut pas se marier sans boutonnières ! Il faut que j’aille lui en parler. Tout de suite. Je saute du lit, et file direct dans la salle de bain. Paul est déjà sous la douche. Je rentre dans la cabine ni une ni deux. — Ahhh ! Mais c’est gelé ! hurlé-je en tournant le robinet. Pourquoi tu prends une douche glacée ça ne va pas la tête ! — J’ai mes raisons, répond-il en désignant son entrejambe. Ah le traitre ! Finalement ma tentative de séduction de tout à l’heure ne l’a pas laissé indifférent… — Et je peux savoir pourquoi tu te précipites sous la douche, sans même prendre le temps d’enlever ta nuisette ? demande-t-il en levant un sourcil interrogateur. — J’ai pensé à un truc que je suis sûre que tu as oublié. Tu sais qu’il faut des boutonnières pour ton témoin, et puis mon père, et ton beau-père aussi ce serait bien. Au fur et à mesure de mon énumération, Paul se met à rire légèrement, m’enlace et me tire vers lui. Il fixe son regard sur le mien, un petit sourire en coin sur son visage. — Ma chérie, tu me prends vraiment pour un incompétent. Je ne sais pas si je ne dois pas me sentir vexé que tu aies si peu confiance en moi. Il ne t’a pas effleuré l’esprit que j’avais peut-être fait appel à une wedding planner ? — Quoi !? Tu as engagé une wedding planner ! Mais tu as vérifié ses références ? Vu son book ? Tu sais, les mariages américains n’ont pas les mêmes traditions que chez nous. Et puis, j’espère qu’elle a quelqu’un dans son staff qui parle français, tu sais mes parents parlent mal l’anglais. Et… — Woh ! Calme ton char ! me coupe-t-il. J’ai pris la meilleure, je t’assure que tu seras amplement satisfaite. — Et elle ne t’a pas demandé de me rencontrer avant le mariage ? Tu sais pour discuter avec moi de mes goûts, en savoir plus sur ce que j’aime moi aussi ? — Crois-moi elle est bien au courant de tes préférences, tu n’as pas d’inquiétude à avoir elle a toutes les informations qu’il lui faut. C’est bien ça qui m’inquiète, que ce soit lui qui lui ait donné les informations. Alors, oui je vous vois arriver, oui Paul est l’homme que j’aime et qui m’aime, donc qui sait ce qui me fait plaisir ou pas. MAIS, car il y a un mais, ne me faites pas croire que vous n’avez jamais menti à votre amoureux en prétendant aimer quelque chose alors que ce n’est pas vrai. Oui mon chéri, le gratin de ta mère est délicieux. Si je n’en ai pas mangé, c’est juste parce que je suis allergique bien sûr. Oui mon chéri, j’adore le T-shirt que ta mère t’a offert. Mais si justement tu pouvais le mettre quand tu vas la voir, mais pas quand on sort ensemble ce serait mieux. Oui mon chéri, c’est génial que tu aies ramené de chez ta mère ces si jolies tasses. Quel dommage que je les ai faites toutes tomber en voulant les ranger. Vous avez remarqué d’ailleurs combien on peut mentir quand ça a un rapport avec Belle-Maman ? Alors, ne vous méprenez pas, ma belle-mère est géniale. Mais ça reste… ma belle-mère. Bref, je ne suis pas à 100 % certaine, que Paul connaisse exactement mes goûts. Et ça m’inquiète. Si par exemple il a choisi des fleurs orange. Je déteste le Orange ! Je crois que je ne lui ai jamais dit ! Oh, mon Dieu, avec Halloween qui arrive, et l’automne qui a commencé, je suis sûre qu’ils lui ont proposé une déco orange. Je sens la panique monter. Ça ne va pas être possible ça ! — Alice, intervient Paul, je vois que tu es en train de stresser. Arrête, je te promets que c’est la plus compétente qui existe. Tout simplement parce qu’en plus d’avoir été formée par toi, c’est également ta meilleure amie… — C’est Lara qui a organisé le mariage ? demandé-je incrédule. — Bien sûr, pourquoi serais-je allé chercher quelqu’un d’autre alors que j’avais la meilleure wedding planner après toi, juste sous la main ? — Comment a-t-elle fait ? Je ne me suis aperçue de rien au bureau ! — Il faut croire qu’elle sait être discrète quand elle veut, dit-il en se penchant vers moi pour m’embrasser dans le cou. Je propose, maintenant que tu es rassurée, qu’on t’enlève cette nuisette trempée et que l’on prenne cette douche tous les deux… Sa bouche glisse sur ma gorge et descend doucement plus bas, me faisant oublier peu à peu toutes mes angoisses à propos de l’organisation du mariage. *** Paul est parti faire du paintball ou je ne sais quelle activité typiquement masculine avec les garçons. Aujourd’hui nous passons la journée séparés, nous faisons nos enterrements de vie de garçon et jeune filles. J’ai quelques heures de disponibles avant de me rendre au Spa de l’hôtel avec les filles. Cela me laisse un peu de temps pour faire mes investigations, et savoir ce qui m’attend dans deux jours pour le mariage. Croyez-moi, j’ai une entière confiance en Lara, mais je ne peux pas m’empêcher d’être curieuse. Je dois aller interroger ma meilleure amie. Je suis sûre qu’elle me lâchera bien quelques informations utiles. Je vais donc toquer à sa porte, armée d’un sachet de donuts. Une chose à savoir sur Lara : elle est incapable de résister à la bouffe. D’ailleurs, bingo ! Elle m’ouvre la porte, la bouche pleine, en train de mastiquer, je suppose, un Cupcake, vu la boite qui traine sur le bureau de sa chambre. — Qu’estche que tu veux ? me demande-t-elle la bouche pleine. — Oh pas grand-chose, je voulais faire un petit coucou à ma meilleure amie, dis-je sur un ton nonchalant. — On va che voir toute l’achprem et toute la choirée, me fais pas croire que tu ne veux pas quelque chose. — Mais pour qui tu me prends ! répliqué-je en prenant un air outré et roulant mes yeux. Je n’ai pas le droit de venir te voir sans raison ? — Paul m’a appelé, il m’a dit que tu étais à la pêche aux infos, répond-elle en ayant fini d’avaler son cupcake. Le traitre ! — Je t’ai emmené des donuts, rajouté-je maladroitement. — Et tu t’es dit que grâce aux donuts, j’allais te donner toutes les infos que tu voulais sur le mariage ? — Euuuh… oui… — C’est moche ça Alice ! — Je sais, mais mets-toi à ma place, je n’ai aucune info ! Ni sur le lieu, ni sur la déco, ni sur le repas ! C’est horrible d’être dans le noir comme ça ! Tu réagirais comment toi qui es dans le métier, si tu étais dans la même situation que moi ? — Je serais hyper frustrée je te l’accorde. Mais vois le bon côté des choses, tu n’as pas tout le stress des préparatifs. Et puis les surprises, c’est sympa les surprises ! Tu aimes les surprises ! — Je déteste les surprises, dis-je bougonne. — Ce n’est pas vrai. Tu adores ça. Alors, arrête de te poser des questions, contente-toi de te relaxer, te faire belle le jour J, et de te pointer à la chapelle sur Las Vegas boulevard. — Ahahah ! Tu viens de lâcher une info ! La cérémonie a lieu sur Las Vegas boulevard ! — Tu me fatigues, souffle-t-elle. Allez pars de ma chambre avant que je ne craque. On se voit cet aprèm de toute façon. Elle me pousse presque dehors. Ce n’est pas grave, je vais enquêter grâce à l’info qu’elle vient de me procurer. *** Bon c’est moins évident que ce que je ne pensais. Google vient de me trouver déjà au moins 3 chapelles sur Las Vegas Boulevard. Je saute dans un taxi direction la première. Arrivée, je descends et règle ma course. Je me rendrai aux autres à pied. J’approche d’un petit bâtiment décrépi. L’extérieur ne me fait pas rêver. Je me rassure en me disant que si c’est ici, j’aurai peut-être une bonne surprise à l’intérieur. Je passe la porte et me retrouve dans une sorte d’accueil à la moquette défraichie, et aux ficus factices pleins de poussière. Un comptoir sur la droite, derrière lequel se trouve ce qui doit être la réceptionniste, et quelques chaises un peu usées sont les seuls autres éléments présents. Je m’approche de la réceptionniste qui a l’air passionnée par sa conversation téléphonique. Elle ne daigne même pas me lancer un regard, il faut dire qu’elle s’applique à étaler sur ses ongles un verni rose Barbie. Au bout de quelques secondes, je tente un raclement de gorge pour lui faire lever le nez en ma direction. Cela marche pendant 10 secondes, juste le temps de m’observer d’un air dédaigneux, puis elle reprend son ouvrage sans m’adresser un seul mot. Elle finit par écourter sa conversation à grand renfort de bisous sonores, fait claquer une bulle de chewing-gum puis me demande enfin la raison de ma venue. Je lui explique alors ma petite histoire : je me marie dans deux jours et je suis à la recherche du lieu où cela va se passer, car mon futur mari ne veut pas me le dire, etc. Elle me regarde d’un air dubitatif, claque une nouvelle bulle de chewing-gum et accepte de consulter son registre. Lorsqu’elle me confirme qu’elle n’a aucun mariage au nom de Dumont programmé dans deux jours, je soupire de soulagement. Peut-être un peu trop fort d’ailleurs, car elle me lance un regard agacé. Je m’éclipse donc rapidement en marmonnant des remerciements. À la deuxième chapelle, je fais également chou blanc. À la troisième, les lieux d’extérieur me plaisent déjà beaucoup plus que les deux autres. Il y a un petit jardin autour, bien entretenu. Je pousse la porte d’entrée et suis accueillie, en plus de l’air conditionné, par une jeune femme souriante qui me demande comment peut-elle m’aider. Je lui demande donc, si le mariage Dumont a bien lieu ici dans deux jours et elle me répond par l’affirmative. Hourra ! J’ai trouvé ! Je savais bien que mes recherches finiraient bien par payer. — Voilà, je suis la future mariée et j’aurais aimé en savoir un peu plus sur ce qui est prévu pour la cérémonie, les fleurs, serait-il possible de visiter la chapelle ? demandé-je avec ce qui était je l’espère mon plus beau sourire. La réceptionniste émet un léger rire en secouant la tête. — Votre fiancé nous avait prévenus que vous essayeriez. C’est pas possible ! Il a prévenu tout le monde ! — Je suis désolée mademoiselle, mais il a bien insisté sur le fait que nous ne devions vous communiquer aucune information. D’un coup, elle me parait beaucoup moins sympathique, avec son sourire de pub de dentifrice et son bronzage artificiel. — Écoutez, on peut peut-être trouver un arrangement, commencé-je d’une voix mielleuse. Elle me fusille du regard, je crois que je l’ai vexée. — Hors de question. Écoutez mademoiselle, si j’étais vous je prendrais ça comme une opportunité de vous relaxer, et de n’avoir pas de souci le jour J à gérer en plus de l’émotion. Vous savez combien de futures mariées aimeraient avoir un fiancé qui s’occupe ne serait-ce qu’un petit peu de l’organisation du mariage ? Euh, là elle marque un point. C’est vrai que dans mes futurs mariés, 95 % du temps, c’est la mariée qui s’occupe des préparatifs. Ou alors, le marié est un vrai psychopathe. Je vous promets. Est-ce que Paul est un psychopathe ? Je ne crois pas. Elle a peut-être raison. Je suis certainement… chanceuse. — En tout cas, il y a une chose que je peux vous affirmer, continue-t-elle. Cet homme vous aime vraiment. Elle m’adresse un sourire… envieux ? Et là, je réalise qu’avec ces simples petits mots, elle vient de faire taire toutes mes peurs. Après tout, de quoi ai-je besoin à part d’épouser l’homme que j’aime ? Peu importe le lieu, la déco, ou même les boutonnières. Le plus important c’est que lui soit là et qu’il dise « oui » ! Paul — Non, j’ai dit non. — S’il te plait Alice, tu ne peux pas me faire ça ! Vous avez l’impression que vous vous retrouvez au chapitre précédent ? Pas du tout. Cette fois-ci les rôles sont inversés, c’est moi qui la supplie. — Paul, tu sais très bien que c’est la tradition. Les mariés dorment séparément la veille du mariage. Point barre. Alors tu prends tes affaires et tu déménages. — Mais… — Il n’y a pas de « mais », demain matin en plus je dois me lever tôt pour me préparer. Vois ça comme une opportunité de faire la grasse matinée, la journée va être longue. — Mais je n’ai pas envie de faire la grasse matinée ! — J’ai dit pas de « mais ». Elle est adorable quand elle s’énerve, et j’avoue que je la pousse un peu parce que ça m’amuse. Elle avait déjà évoqué vaguement le fait qu’on allait dormir séparé la veille du mariage, mais je n’y avais pas prêté plus d’attention que ça. Je ne vois pas l’intérêt alors que ça fait des mois qu’on dort tout le temps ensemble, et qu’on va le faire jusqu’à la fin de notre vie. Elle sort ma valise du placard, la pose sur le lit et commence à y mettre mes vêtements. — Et je vais où d’abord moi, si tu gardes la chambre ? — J’ai déjà tout arrangé, tu iras dormir avec Nico. C’est ton meilleur pote après tout, dit-elle en continuant de fourrer des boxers dans la valise. — Hors de question, il ronfle ! m’exclamé-je en retirant les mêmes boxers pour les poser sur le lit. Tu ne veux pas que je me pointe demain avec des énormes cernes sous les yeux, car il m’a empêché de dormir ? OK je sais c’est pitoyable comme argument, on dirait une midinette qui s’inquiète pour sa peau. — Nico ne ronfle pas, sauf quand il boit. Tu n’as qu’à te débrouiller pour ne pas que ça arrive. — Mais je vais dormir où, il n’y a qu’un lit dans sa chambre ! — Tu as vu la taille du lit ? Et puis ce n’est pas la première fois que vous dormez dans le même lit, que je sache. — Oui, mais ça n’empêche que je préfère dormir avec toi, affirmé-je en essayant de l’attirer dans mes bras. Elle se dégage pour aller chercher des chaussettes cette fois-ci. — Dis-toi qu’il a le même ADN que moi, si ça peut t’aider. — Mais c’est super malsain ce que tu viens de dire ! répondis-je horrifié alors qu’un frisson de dégout me traverse. Alice répond par un éclat de rire. — Techniquement, vous avez les mêmes parents, mais pas un ADN identique, vu que vous êtes des faux jumeaux. Mais surtout, tu es bien consciente que tu as certaines qualités et certains… attributs, qui font que je n’éprouve pas DU TOUT la même attirance pour toi que pour ton frère. Lui c’est mon pote, et toi tu es… — Je suis ? demande-t-elle en se rapprochant de moi avec une démarche féline. Je l’enlace et vrille mon regard au sien. Je vois une lueur de désir le traverser et je décide d’en profiter. — Tu es mon amour, commencé-je en l’embrassant derrière l’oreille. La femme que j’aime, qui me rend fou, continué-je en l’embrassant dans le cou, la sentant frémir entre mes bras. La femme que je vais épouser, la femme avec qui je vais partager toutes mes journées et mes nuits. — Sauf celle-ci, répond-elle un sourire aux lèvres. Elle se dégage de mon étreinte et se dirige vers la valise pour y fourrer encore je ne sais quoi. Je me positionne derrière elle, et la tire pour la plaquer contre moi et accessoirement contre mon érection, histoire de lui faire comprendre mes intentions. Je pousse ses cheveux pour dégager sa nuque que je commence à mordiller, ma main glisse sur sa taille et se faufile sous son débardeur. Elle gémit légèrement et ce son déclenche immédiatement une réaction dans mon pantalon, qui me semble de plus en plus serré. Une fois encore elle tente de s’échapper de mes bras. — Pourquoi tu t’enfuis bébé ? demandé-je étonné. — Tu crois que je ne te vois pas venir avec tes caresses, il est hors de question qu’on couche ensemble maintenant. — Qui te parle de coucher ensemble ? Je veux juste faire l’amour à ma fiancée, réponds-je avec un sourire coquin. — Non Paul, on ne fera pas l’amour non plus. La prochaine fois qu’on fera l’amour, on sera mari et femme. — Mais ça sort d’où ça ! m’exclamé-je. Déjà je me fais avoir sur l’histoire de la chambre à part, soit, mais en plus je dois me la mettre sur l’oreille ! — Très classe ton expression. Ne t’inquiète pas, nous avons toute la vie, ce n’est pas une petite nuit sans moi et sans sexe qui va te tuer, affirme-t-elle. — Mais si crois-moi ! m’écrié-je d’une voix un peu trop aiguë pour être honnête. — Soit fort alors, réplique-t-elle. J’ai bien l’intention de t’épouser demain après-midi. Tu n’as qu’à réfléchir à ce que tu voudras me faire ensuite. À peine ces mots prononcés, que j’ai la tête emplie d’images. Et ce n’est vraiment pas bon pour ce qui se passe dans mon pantalon. Je sens la braguette qui appuie encore plus fort sur mon membre. Cette fille va me tuer. J’attrape la valise et y fourre en bougonnant mes affaires pour le lendemain. Alice me regarde faire mon bagage avec un petit sourire victorieux. Putain, elle seule est capable de me faire faire des choses que je ne veux pas faire. Elle aura ma peau. Et moi je suis certainement un peu maso, car je vais l’épouser demain. *** Je toque quelques coups à la porte de Nico, et celui-ci vient m’ouvrir. Il s’efface pour me laisser entrer. — Alors mon pote, dernière nuit de liberté ! s’enflamme-t-il en levant sa main pour que je tope dessus. — Ouais, marmonné-je en tapant mollement dans sa main. — Et ben dit donc, tu m’as l’air super enthousiaste à l’idée de passer la soirée avec moi ! — Ne le prend pas mal, mais j’avais envisagé de caresser la peau douce de ta sœur ce soir, plutôt que de passer la nuit à éviter tes grosses pattes velues. — Pitié, dit-il en faisant mine de se boucher les oreilles, je te rappelle qu’il s’agit de ma sœur, je ne veux rien entendre. Ma sœur est un être asexuée, elle n’a pas ce genre d’activités. — Crois-moi elle est loin d’être asexuée, ricanai-je. — Putain mec, je ne veux pas savoir ! s’exclame-t-il avec un air effaré qui me fait rire. — Bon qu’est-ce que tu as prévu pour notre soirée entre mecs ? Il me montre la boite d’un jeu vidéo avec un grand sourire. — J’ai pensé qu’on pouvait se faire une vraie soirée de mecs, jeux vidéo, pizza et bières. Julien devrait nous rejoindre sous peu. Je m’installe sur le canapé. OK j’adore les jeux vidéo, et encore plus les soirées entre potes, mais là mon esprit ne peut s’empêcher de vagabonder vers la petite blonde qui est ma fiancée. Enfin ! Je suis à deux doigts de toucher ce que j’attends depuis si longtemps. Depuis l’époque du bac à sable, il n’y a toujours eu qu’elle. Il n’y aura toujours qu’elle. Toutes les autres filles que j’ai pu rencontrer ne lui arrivaient même pas à la cheville, aucune n’a jamais suscité les sentiments que je ressens pour elle. Même pas Eva que je m’apprêtais pourtant à épouser. Pour de mauvaises raisons certes. Dire qu’il m’a fallu presque 20 ans pour l’avoir. Mais j’en attendrai 20 de plus s’il le fallait. Car je sais que je ne me trompe pas, c’est elle la femme de ma vie. Julien vient d’arriver, et nous nous saluons par une frappe virile. — Alors pas trop stressé ? me questionne-t-il. — Non, réponds-je laconiquement. — Sérieux ? Ça ne te fait pas flipper ne serait-ce qu’un tout petit peu, de devoir passer le reste de ta vie avec la même gonzesse ? Ne plus jamais avoir l’occas » d’en toucher une autre ? — Absolument pas, réponds-je en lui lançant un regard ennuyé, alors qu’il essuie une tape sur la tête de la part de Nico, qui n’a pas l’air d’apprécier l’idée de Julien que je puisse tromper sa sœur. Je réalise alors effectivement que je ne ressens pas la moindre angoisse. Je suis parfaitement serein. La seule crainte éventuellement que j’ai, est qu’elle n’apprécie pas quelque chose que j’ai organisé pour la cérémonie, ou la réception. Mais pour ne rien laisser au hasard, j’ai fait appel à Lara sa meilleure amie, et accessoirement employée dans son agence de Wedding Planner pour m’aider. J’ai beau connaître Alice depuis toujours, et tout faire pour m’intéresser à ce qui lui plait, j’avoue qu’il y a certains détails sur lesquels je sèche. Savoir si elle préfère le vieux rose ou le rose poudré (déjà il faudrait que je sache moi-même quelle est la différence), ou bien les orchidées Phalaenopsis ou Wanda (pour moi c’était le nom d’un poisson). Bref, j’ai confiance en Lara, je suis sûr qu’elle n’a pas pu prendre une décision qui ne plairait pas à Alice. J’essaye maintenant de profiter de ma dernière soirée de célibataire, avec Julien et celui qui va devenir mon futur beau-frère. En épousant Alice, j’hérite d’une nouvelle famille qui m’avait déjà adopté depuis longtemps. Au moins, je n’ai pas eu à impressionner ma future belle-mère, elle a presque changé mes couches. Quant à mon futur beau-père, c’est lui qui m’a appris à faire du vélo. Pendant plusieurs années, avant que ma mère n’épouse mon beau-père, il a été une des rares figures masculines de mon entourage, et j’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour lui. Lorsque je suis allé lui demander il y a quelques semaines, la main de sa fille (il est du genre à aimer les traditions), il m’a simplement regardé en me lançant « ça fait des années que j’attends que tu viennes me poser la question ». Puis il m’a tendu une bière, et m’a demandé de venir l’aider à bricoler sa voiture comme si de rien n’était. Oui, demain ne changera pas complètement nos vies, vues de l’extérieur. Mais pour moi c’est une étape importante. La première pièce à l’édifice que nous allons construire Alice et moi : notre famille. Lara Jour J : H — 6 Le jour où l’on vous demande d’organiser le mariage de votre meilleure amie, un conseil : réfléchissez-y à deux fois. Le jour où l’on vous demande en plus d’être sa témoin, pensez-y encore plus. Un seul mot : galère. Je suis actuellement la fille la plus stressée de Vegas. Rectification : la fille la plus stressée du continent américain. Et certainement plus qu’Alice alors que c’est elle qui se marie. — Tu sais finalement, c’était vraiment une bonne idée cette histoire de mariage surprise, me lance-t-elle depuis le coin de la suite nuptiale où elle est assise pour se faire coiffer par Marie. Je n’ai jamais été aussi détendue à quelques heures d’un mariage, alors qu’il s’agit du mien ! Marie me lance un regard de compassion, alors qu’Alice sourit à son reflet dans le miroir. J’essaye de n’être pas trop acerbe lorsque je lui réponds : — Heureuse de voir que tu n’es pas stressée. De mon côté, je suis levée depuis au moins 3 heures et je n’ai pas vraiment fermé l’œil de la nuit. Vous vous imaginez, foirer le mariage de votre meilleure amie, votre patronne ? Le jour où Paul m’a confié l’organisation de leur grand jour à Vegas, j’aurais certainement mieux fait de décliner. Mais comment refuser alors que j’attends ce Happy End depuis des années. J’entends mon estomac gargouiller. J’ai fait l’impasse sur le petit-déjeuner ce matin. Non pas que le stress me noue l’estomac, ce serait plutôt le contraire. Et au rythme où j’avale les donuts depuis que nous sommes arrivés, je suis à deux doigts de ne plus rentrer dans ma robe de demoiselle d’honneur. J’ai fait un petit test hier après-midi, et on avait l’impression que mon ventre était lui-même entouré d’un donut. Comme je n’ai pas très envie que les gens qui regardent les photos de mariage d’Alice et Paul leur demandent qui est la jeune fille à la brioche, je me suis mise au régime sec express. J’ai bu de la tisane « ligne svelte » toute la soirée (bon ça explique aussi pourquoi je n’ai pas trop dormi aussi) et j’ai dit non à l’appétissant buffet de petit-déjeuner de l’hôtel. Résultat : maintenant je crève de faim, et je suis stressée. Mon téléphone sonne, et je sais immédiatement que cela sonne également le début des problèmes. Règle n ° 2 de la Wedding Planner, lorsque ton téléphone sonne à 9 h du matin un jour de mariage, c’est rarement pour une bonne nouvelle. Je m’éloigne d’Alice pour éviter qu’elle n’entende ma conversation, surtout quand je vois que c’est le numéro de la chapelle qui s’affiche. — Mademoiselle Rossi ? Bonjour, c’est la chapelle Graceland, m’annonce la jeune femme en ligne. Voilà… continue-t-elle d’une voix hésitante, nous avons un petit souci, mais rien de grave rassurez-vous. Règle n° 12 : quand un prestataire vous annonce qu’il y a un « petit souci » et qu’en plus il prend la précaution de vous conseiller de ne pas paniquer, cela veut dire qu’il y a un réel problème, et que la solution ne va pas vous convenir. — Notre officiant qui devait célébrer le mariage de vos amis cet après-midi vient de nous appeler, il aurait eu affaire à des fruits de mer pas trop frais hier soir, et le pauvre est extrêmement malade aujourd’hui et donc dans l’incapacité de venir travailler… Mais la bonne nouvelle, reprend-elle d’un ton enjoué, c’est que notre officiant sosie d’Elvis est disponible ! En plus, il vient de me confirmer qu’il peut même officier en français, une chance que sa grand-mère soit Québécoise et lui ait appris la langue ! Elle n’a pas fini sa phrase que j’imagine déjà la catastrophe, un mauvais sosie d’Elvis qui nous chante une version fausse de « Love me Tender » avec un accent québécois. Le mélange caribou-rock’n’roll ne m’emballe pas du tout, mais alors pas du tout ! — Et sinon, vous n’avez pas d’autre officiant francophone sous la main, tenté-je en me doutant déjà de sa réponse. — Non, mais vous savez Elvis est vraiment bien, de nombreux couples attendent des mois entiers pour se faire marier par lui… — Je n’en doute pas, coupé-je, mais il se trouve que la mariée est allergique au Rockabilly, alors il va falloir trouver une autre solution. — Euuuuhhh, à moins que vous ayez vous-même un autre officiant sous la main, je ne vois pas comment faire. — Bien, je m’en occupe, je vais en trouver un, réponds-je en m’adressant plus à moi-même qu’à la jeune femme. Je raccroche mon téléphone, et prends une profonde respiration. Je plaque ensuite un sourire sur mes lèvres pour ne pas affoler Alice. Ces dernières années je suis passée maitre dans l’art de ne pas montrer mes émotions. Règle n° 7 : Ne jamais montrer à la mariée que tu as un problème, il faut que tu aies l’air de maitriser la situation à tout moment. — Ma chérie, je vais te laisser un petit peu pendant que Marie s’occupe de toi, je vais faire mes petites vérifications habituelles sur l’organisation avant de venir me préparer. J’essaye de mettre dans cette phrase toute l’innocence du monde, il ne faut surtout pas qu’elle se doute de quelque chose. Apparemment, elle doit planer sur son petit nuage de future mariée, car son radar de wedding planner ne se déclenche pas. J’en profite donc pour m’éclipser. Première étape : le concierge de l’hôtel. Je descends dans le lobby de l’hôtel luxueux où nous séjournons tous. S’il y a quelque chose que j’ai appris durant toutes ces années, c’est que les concierges d’hôtel sont des vrais carnets d’adresses ambulants. Si quelqu’un peut me dégoter le numéro d’un officiant francophone ce sera bien lui. Ils m’ont plusieurs fois sauvé la vie, ce sont un peu mes héros. Je sors de l’ascenseur et traverse le hall aux marbres rutilants, et aux dorures excessives (nous sommes à Vegas n’oublions pas), pour me planter devant le comptoir du concierge. Un homme d’âge mûr, avec une raie sur le côté, se tient derrière et chuchote une conversation au téléphone. Oui parce que les bons plans, ça ne se partage pas avec tout l’hôtel. Les concierges ont toujours ce petit air mystérieux, comme s’ils étaient des agents de la CIA sous couverture. Je patiente donc tranquillement en prenant un air détaché, alors qu’au fond de moi je bous d’impatience. L’heure tourne !! Lorsqu’enfin son appel se termine, il me demande avec une extrême politesse, comment peut-il m’aider. Je lui explique mon problème. — Très bien mademoiselle, je vais voir ce que je peux faire. Mais pour information, il y a ce week-end une grande convention des officiants de cérémonie, et j’ai peur que la plupart s’y soient rendus et ne soient pas disponibles. Une convention des officiants de cérémonie ? Qu’est-ce qu’ils peuvent bien s’y raconter ? Ils partagent des conseils sur comment demander aux mariés s’ils veulent bien prendre pour époux Mademoiselle X et Monsieur Y ? Sur plutôt, recommander la marche nuptiale pour l’entrée de la mariée ou la sortie ? Bref, c’est bien ma chance ça encore. — Et il n’y en a pas un qui peut sécher une conférence ? Il doit bien y avoir un ou deux sujets un peu inintéressants non ? demandé-je en ricanant. Apparemment, ma phrase ne le fait pas rire. Il me regarde avec un air dédaigneux, et me répond qu’il va passer quelques coups de fils. Avec la chance que j’ai, son frère est officiant de cérémonie, et ça y est, je l’ai vexé. Je décide donc de rester dans le lobby, histoire de l’avoir à l’œil et qu’il ne m’oublie pas. Jour J : H-5 — Comment ça personne ! m’exclamé-je. — Non je suis désolée mademoiselle, j’ai appelé tous les officiants francophones, et aucun n’est disponible, me répond le concierge sur un ton neutre, comme s’il m’annonçait que le soleil brille dans le désert du Nevada. — Mais comment vais-je faire ? — Bon courage Mademoiselle. Vous avez vu comme avec sa petite phrase innocente, il me fait comprendre que je ferais mieux de débarrasser le plancher ? Maudit concierge, je retire tout ce que j’ai dit, ma seule héroïne c’est moi-même. Où je vais bien pouvoir trouver un officiant à 5 heures de la cérémonie ? Je m’imagine déjà annoncer à Alice qu’elle va se faire marier par le bucheron aux blue suede shoes, quand tout à coup l’illumination ! Je me rappelle d’un vieil épisode de la série Friends, dans lequel Joey se fait ordonner officiant par internet. La voilà l’idée ! Je vérifie vite fait sur mon téléphone et tombe sur le site pour s’inscrire comme officiant dans le Nevada. Parfait, l’inscription est validée sous une heure. Mes amis ne pourront plus jamais me reprocher d’être accro aux séries américaines, je viens de leur sauver leur mariage ! Par contre, au moment de rentrer les informations, petit problème. C’est bien gentil tout ça, mais qui va faire l’officiant ? Moi je ne peux pas, trop occupée et je suis témoin. Alice & Paul : ce sont les mariés. Nico est témoin. Marie doit coiffer la mariée et les autres femmes, elle n’a pas le temps de répéter. Les parents, et bien ce sont les parents, ils doivent les accompagner à l’autel, etc. Mais quelle plaie les mariages en petit comité ! On n’a pas idée aussi de faire un mariage avec seulement 10 personnes ! Tiens en y repensant, c’est qui le dixième ? Julien ! Je l’avais presque oublié celui-là ! Faut dire qu’il est tellement… effacé, passe-partout, invisible ? Attendez, je l’apprécie notez bien, mais on ne peut pas dire que ce soit le genre de personne qui se fait énormément remarquer. Je suis sûre que c’était petit, le gosse tellement calme, que ses parents ont dû l’oublier un jour sur une aire d’autoroute, et faire au moins dix bornes avant de s’en rendre compte. Bon, comme vous vous en doutez, niveau charisme on peut trouver mieux, mais là je n’ai rien d’autre sous la main. Je prends donc la direction de sa chambre, et je frappe énergiquement sur sa porte. Au bout de la troisième fois, j’entends une sorte de grognement d’homme des cavernes, et la porte s’ouvre sur un Julien en caleçon, les cheveux hirsutes, et les yeux encore collés par le sommeil. J’entre sans attendre qu’il m’y invite. — Julien, j’ai une mission de la plus haute importance pour toi, lancé-je direct pour rentrer dans le vif du sujet. — Ah bon, répond-il tout en bâillant et s’étirant. Ma vue bloque quelques secondes sur lui, c’est la première fois que je le vois si dénudé et sans ses lunettes, il est plutôt pas mal en fait comme ça. Les cheveux un peu trop longs, et pas assez baraqué à mon goût, mais bon, je ne suis pas là pour ça de toute façon. — Tu as besoin de quoi ? demande-t-il en jetant un œil sur le réveil. Tu sais qu’il est à peine 10 heures, et la cérémonie est à 15 h, si c’était pour me demander d’aller chercher des fleurs, ou un truc dans le genre, tu pouvais me laisser encore un peu dormir. Il s’affale à la fin de sa phrase sur son lit, à plat ventre. — Non non non, pas question de jouer les marmottes. J’ai besoin de toi pour quelque chose d’important et on doit commencer à bosser tout de suite. Je lui explique alors mon problème d’officiant, et que j’aimerais l’inscrire pour qu’il célèbre lui-même la cérémonie. — Mais tu as perdu complètement la tête ma pauvre, s’offusque-t-il en me regardant avec des yeux grands écarquillés. Je suis incapable de parler en public ! — Ce n’est pas un vrai public… enfin si, mais ce que je veux dire, c’est que tu les connais tous, et il n’y a que 9 personnes à part toi. Tu ne peux pas laisser Alice et Paul se faire marier par un mec qui a un costume à paillettes et une banane ! Après une bonne demi-heure de négociation, un peu, voire beaucoup de flatteries, la promesse de lui faire un brownie au chocolat en rentrant, et de passer chez lui pour une soirée jeux vidéo, j’ai enfin son accord. Jour J : H-4 Julien est enfin inscrit comme officiant dans l’état du Nevada et nous sommes en train de bosser la cérémonie. Heureusement que j’en ai vu plus d’une centaine, car au moins je sais quelles sont les erreurs à ne pas commettre, et quels sont les moments incontournables. Mon tout nouvel officiant lui fait du mieux qu’il peut. Je dois dire qu’il prend maintenant la chose assez au sérieux. Même si ses suggestions ne sont pas toujours à mon goût. Extrait : — Et si je leur dis, « vous êtes maintenant mari et femme, que la force soit avec vous », ça pourrait être sympa non ? Je lui adresse mon regard de tueuse n° 2. — Je t’ai déjà dit, pas de référence à Star Wars. Voyant sa mine boudeuse j’ajoute : — Mais on pourra garder l’idée pour le jour, où toi tu te marieras. Règle n° 14 : quand un invité suggère lors de l’organisation, une soi-disant bonne idée, lui faire remarquer qu’il vaut mieux la garder pour son propre mariage. S’il est déjà marié, tant pis pour lui. Vous vous demandez combien j’ai de règles ? Très bonne question. Personne ne le sait à part moi. Je suis un peu la Jethro Gibbs [1] des Wedding planners. Je fais répéter Julien encore et encore, histoire qu’il soit à l’aise avec le texte. Il n’y a rien de pire qu’un monologue lu pendant une demi-heure. Il faut qu’il soit capable de se détacher de ses notes. Je veux une cérémonie avec de l’émotion, des petites larmes, des rires, de la spontanéité. Bref la perfection quoi ! Mon coaching montre ses effets au fur et à mesure que les minutes passent, mais ce n’est pas encore parfait. Il manque de confiance en lui, et sur le moment ce sera pire, car il y aura plus de monde. — Je sais ce qui va te mettre davantage dans le personnage, expliqué-je, il faut que tu répètes en costume. — Comment ça tu veux me déguiser en plus ? s’écrie-t-il. — Mais non gros nigaud, je parle de ton costume que tu as prévu de mettre pour la cérémonie. Ton smoking quoi. Va me le chercher. Il se lève pour aller à la penderie, me sort une espèce de chiffon en lin beigeâtre et commence à le décrocher du cintre. — Qu’est-ce que c’est que ce truc ? demandai-je. — Ben, mon costume bien sûr. — Tu te moques de moi ! Ce truc était à la mode il y a 15 ans ! En plus il est tout froissé (et encore il l’avait mis sur un cintre) ! Tu ne pensais pas vraiment venir au mariage habillé comme ça ? Son air gêné me dit que si. — Non, mais tu ne peux pas décemment te rendre à un mariage habillé comme ça, et encore moins le célébrer ! Mon cerveau couteau suisse trouve tout de suite la solution. — Tu vas venir avec moi à la boutique de l’hôtel, on va aller t’acheter un nouveau costume. Montre-moi ta chemise que je vois à quoi elle ressemble pour prendre quelque chose de coordonné. — Eh bien… — Ne me dis pas que tu pensais y aller en T-shirt. Nouveau regard en direction de ses pieds, il ne prend même pas la peine de me répondre. — Allez dépêche-toi, je t’emmène. Et rappelle-moi quand on sera de retour à Nice de t’emmener faire du shopping. Tu m’étonnes que ce mec soit encore célibataire. Jour J : H — 3 Ça y est ! J’ai un tout nouvel officiant, habillé de pied en cap par mes soins. Je n’ai pas lésiné : costume, chemise, cravate, chaussures et même chaussettes. J’ai préféré ne rien laisser au hasard. Pendant que monsieur faisait les essayages, de mon côté j’en ai profité pour checker tous les petits détails de la réception. Les fleurs, la déco, les musiciens, etc. De retour dans la chambre de Julien, mon téléphone sonne et je vois le numéro de Marie. — Lara, où es-tu ? C’est à ton tour de te faire coiffer je te rappelle. — J’ai dû m’occuper d’un petit contretemps. Laisse Alice avec sa mère et retrouve-moi dans la chambre de Julien. Viens avec des ciseaux et une tondeuse. Une fois mon amie arrivée, je lui explique toutes mes péripéties, et je lui présente le nouveau Julien relooké. — Et les ciseaux ? me demande-t-elle. — Il est temps que notre Juju adoré abandonne sa coupe de cheveux d’ados accro aux jeux vidéo, pour quelque chose de plus adulte non ? L’intéressé a beau protester en prétendant qu’il est très bien comme cela, ou qu’il est l’heure d’aller manger, il ne résiste pas longtemps face à nous deux. Une demi-heure plus tard, j’ai un nouveau Julien, et j’avoue que je suis très fière de mon œuvre (et de celle de Marie, accordons-lui un crédit quand même). Avec son nouveau look, il va faire des ravages, pour peu qu’on aime le petit côté geek. C’est à mon tour de me pomponner, Marie s’affaire sur ma tignasse pour les discipliner dans un chignon flou. J’enfile ensuite la fameuse robe que je dois porter cet après-midi, et m’admire dans le miroir. Ma bouée de sauvetage s’est estompée. Victoire ! Pour fêter ça, je me commande un sandwich poulet mayonnaise au room service Jour J : H -2 Je suis toujours en train de m’admirer lorsque le room service sonne à la porte. Je sais, on dirait que je suis un peu narcissique, mais croyez-moi je suis une vraie bombasse dans ma robe en soie noire qui fait ressortir mes cheveux roux. Oui, parce que je suis rousse. Alors je vous entends déjà ricaner, vous disant : elle doit sentir mauvais, elle est un suppôt de Satan, Fifi brin d’acier et j’en passe. Riez, tant que vous voulez, perso j’en suis super fière. Bon j’avoue que petite et adolescente, j’ai eu une période où si j’avais pu me teindre en brune, je l’aurais fait immédiatement. Mais maintenant, je considère que mes cheveux flamboyants sont mon premier atout… Enfin qui ne marche pas si bien que ça, vu le temps depuis lequel je suis célibataire. C’est-à-dire depuis… trop longtemps pour compter. Mais comme on dit : mieux vaut être seule que mal accompagnée ! Mon ventre qui gargouille me rappelle que ça fait un moment que je n’ai pas mangé, et que je ferai mieux d’attaquer mon sandwich. Règle n° 18 : on ne part pas sur un mariage le ventre vide, la journée va être longue. Je croque donc avec délice dans mon club poulet et… Vous la voyez la goutte de mayonnaise qui s’échappe, et qui glisse au ralenti ? Vous savez qu’elle va s’écraser sur un endroit où il ne faut pas, mais vous ne pouvez ralentir sa course. Et bingo ! Elle s’étale joyeusement sur ma robe au niveau du décolleté. J’attrape avec panique une pile de serviettes en papier et commence à frotter énergiquement. Je cours ensuite dans la salle de bain pour les mouiller (quelle bonne idée). Je continue à essayer de décoller le gras de la soie sauvage, mais les serviettes en papier me laissent une constellation de petites boulettes de papier sur mon corsage. J’arrête le carnage et je réfléchis. Trop tard pour envoyer la robe au pressing de l’hôtel. Réfléchis Lara, réfléchis. Règle n° 1 : il y a toujours une solution. La tâche est un peu sur le côté. Ça y est, j’ai une idée ! Je me précipite sur le téléphone et appelle la fleuriste. Il est encore temps de lui faire faire une boutonnière identique à celle du témoin (Nico) pour moi. Elle cachera la tâche. Je suis géniale. Trente minutes plus tard, je récupère ma boutonnière. Il est temps d’aller retrouver la mariée, car dans une heure ce sera le moment pour elle de dire « oui » ! Personnage principal de la série NCIS qui a un tas de règles de conduite. N’oublions pas que Lara est fan de séries américaines ! Nico Votre sœur s’est-elle déjà mariée ? Si oui, vous savez de quoi je parle. Si non, bon courage à vous le jour où cela arrivera ! Plus sérieusement, je ne suis pas vraiment à plaindre. Ma sœur épouse mon meilleur ami dans quelques minutes. De tous les beaux frères potentiels que j’aurais pu avoir, j’ai quand même le meilleur. Je n’aurais pas à supporter un fan de tunning, ou pire du PSG (n’oubliez pas je suis niçois) ! Pour ça je lui suis vraiment reconnaissant. En fait, pour ce mariage, ce ne sont pas les mariés le problème. Alice est assez zen, après tout, les mariages c’est un peu sa routine. Paul n’était pas ravi de prime abord de passer la nuit d’hier avec moi, mais nous avons finalement passé une bonne soirée entre mecs. Le gros problème ce sont mes parents. Et surtout ma mère. Ma mère est survoltée. Je suppose que le fait que le mariage se soit organisé rapidement, et surtout sans son aide, l’a laissée un peu sur sa faim. Du coup, elle passe son temps sur mon dos. Elle m’appelle toute les demi-heures depuis trois jours (pour information nous logeons tous dans le même hôtel), pour me raconter tout et n’importe quoi. Le costume de mon père qui a besoin d’un ourlet, les cocktails de la piscine qui sont divins, me demander si j’ai bien pensé à prendre une cravate pour le mariage… Non, mais sérieusement, elle me prend pour qui ? Mais le pire dans tout ça, c’est que non contente d’assister au mariage d’un de ses enfants, elle planifie déjà le suivant. À savoir le mien. Léger détail, il n’y a pas la moindre future madame Lanteri en vue. Et croyez-moi, loin de moi l’idée d’en chercher une. Ma vie de célibataire me plait assez comme cela. Non pas que je n’apprécie pas la compagnie féminine. Mais plutôt pour des courtes durées… Genre, une nuit. En plus, ma mère a une complice dans le crime, à savoir la mère de Paul. Elles se sont mises en tête de me faire rencontrer quelqu’un. Depuis trois jours, j’ai le droit à des coups de coude, pas du tout discrets, dès qu’une fille à son goût (et qui n’est pas forcement au mien) passe près de nous. J’ai même surpris ma mère accoster une jeune femme au buffet du petit-déjeuner, pour lui vanter mes mérites. Imaginez-moi, je ne savais plus où me cacher. J’ai eu beau expliquer à ma mère que sa technique était plus efficace pour les faire fuir qu’autre chose, elle ne peut pas s’en empêcher. Vivement que ce mariage soit passé, pour qu’ils rentrent en France et qu’on puisse enfin profiter de Vegas sans eux ! Lara, Marie, Julien et moi avons décidé de rester quelques jours de plus à profiter de Sin City alors qu’Alice et Paul partiront en voyage de noces. Et j’ai vraiment envie de profiter de tout ce que mes parents, et ma mère en particulier, m’ont empêché de faire jusqu’à présent. Nous sommes enfin à la chapelle où va être célébré le mariage. L’endroit est joliment décoré de fleurs blanches. Ne me demandez pas lesquelles c’est le genre de détails qu’un mec ne connaît pas. Pour ma part je connais deux types de fleurs : les roses et les marguerites. Tout le reste, ce sont eh bien… des fleurs. Ma mère bien sûr ne peut s’empêcher de trouver quelque chose à critiquer, mais je ne l’écoute même plus. Paul arrive, et je le connais assez bien pour savoir qu’il est stressé malgré son apparente décontraction. Je suppose que tous les mariés le sont à quelques instants de se faire passer la corde au cou ? Nous échangeons une accolade virile. — Tu sais que c’est Julien qui va nous marier ? me demande-t-il. — Julien ? Notre Julien ? Celui qui ne parle jamais en public, de peur de se mettre à bégayer ? — Celui-là même. Apparemment l’officiant s’est désisté et c’était la seule solution d’après Lara. À moins d’accepter de se faire marier par Elvis. Et tu connais assez ta sœur pour savoir que ce n’était même pas envisageable. — Oui, je n’ose même pas imaginer la tête qu’elle aurait faite. Elle aurait été capable de reporter le mariage, affirmé-je. — Et tu sais que ça, ce n’est pas envisageable pour moi, répond-il avec empressement. À cet instant, Julien passe la porte de la chapelle escorté par Lara, ce qui signifie que la mariée doit être arrivée. Je dois reconnaitre que j’ai du mal à reconnaitre mon pote. Son look de geek négligé a disparu au profit d’un style plus… adulte ? — Je ne savais pas que tu donnais dans le relooking également, dis-je à Lara. — Pourquoi, tu veux que je m’occupe de ton cas ? réplique-t-elle en m’examinant de bas en haut en haussant un sourcil. — Non merci, j’ai bien assez de succès comme ça, réponds-je avec mon plus beau sourire. — Ce qui explique pourquoi tu viens à un mariage sans cavalière. Elle finit sa réplique par un petit sourire mesquin, et je m’oblige à ne pas lui faire remarquer qu’elle aussi est seule, car ce serait sans fin. Lara et moi ne pouvons nous empêcher de nous lancer des piques sans cesse. C’est notre façon de communiquer. Je la suis donc, sans un mot, jusqu’au vestibule où nous allons former le cortège. Paul attend déjà aux cotés de sa mère, alors que ma sœur doit être dans la pièce d’à côté. Je prends donc le bras de Lara. — Jolie boutonnière Rossi, je croyais que seuls les hommes en portaient ? ne puis-je m’empêcher de la taquiner. Le regard de tueuse qu’elle m’adresse à cet instant, me fait oublier toute tentative d’humour ou de conversation. La musique retentit à l’intérieur de la chapelle, et c’est le signal que la cérémonie commence. Paul s’avance jusqu’à l’autel, embrasse sa mère qui s’assoit au premier rang, et se tourne vers l’entrée. Il est tendu comme un arc, et j’avoue que je ne l’ai jamais vu aussi anxieux. Je me demande ce qui peut le rendre si nerveux. Il doit savoir, après tout, que ma sœur n’est pas du genre à prendre la poudre d’escampette le jour de son mariage. Depuis le temps qu’elle attend ce moment ! Je m’avance donc à mon tour avec Lara à mon bras, et nous prenons place pour ma part aux cotés de Paul, et pour elle du côté où la mariée se tiendra dans quelques instants. La musique change, et les portes s’ouvrent doucement sur Alice. Elle avance rayonnante au bras de mon père. Son sourire ne pourrait pas être plus grand. Je jette un coup d’œil à Paul, et je m’aperçois que ses yeux sont mouillés. J’aurais bien envie de me moquer de lui, si moi aussi je n’étais pas submergé par l’émotion. Ma petite sœur (oui j’ai dix minutes de plus qu’elle) va épouser mon meilleur ami. Mon père dépose un baiser sur la joue d’Alice, et prend sa main pour la déposer dans celle de Paul. Tous les deux se regardent comme si plus rien n’existait au monde à part eux. Julien émet un raclement de gorge et prend la parole. — Mes biens chers frères, mes biens chères sœurs… Mon Dieu, on a échappé à Elvis et on se retrouve avec Eddy Mitchell ! Lara le fusille du regard, et je comprends que cette réplique ne faisait pas partie du texte qu’ils ont dû élaborer ensemble. Un peu décontenancé Julien reprend : — Nous sommes réunis pour célébrer le mariage d’Alice et Paul… Après quelques minutes, Julien semble un peu plus à l’aise. Lara le tient à l’œil et il n’ose plus improviser. Quant aux mariés, je pense qu’un tremblement de terre ne pourrait pas menacer l’état de béatitude dans lequel ils semblent se trouver. Le moment où ils échangent leurs vœux est enfin arrivé et c’est Paul qui commence. — Alice, cela fait maintenant vingt-deux ans que je te connais. Vingt-deux ans que tu illumines mes journées. Même lorsque la vie nous a séparés, il ne s’est pas passé un jour sans que je pense à toi. Sans que je n’imagine ton sourire. Maintenant, je veux voir ce sourire tous les matins en me levant, et m’endormir tous les soirs en sachant que tu as passé la journée avec. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu continues à sourire, et que nous partagions des moments de joie. Je te remercie de te battre tous les jours, pour que notre amour ne sombre pas dans la routine, et s’épanouisse encore et encore. Je suis chaque jour qui passe, un peu plus amoureux de toi que le précédent. J’aime ta façon si belle de voir la vie, avec toi il n’y a pas de problèmes, toujours des solutions. Beaucoup de choses sont imprévisibles dans la vie, mais je suis sûr que peu importe ce qu’elle nous réserve, nous serons tous les deux avec notre amour pour faire face. Je suis impatient de passer ma vie à tes côtés pour prendre soin de toi, et de nos futurs enfants. Je t’aime Alice. Ma sœur le regarde des larmes plein les yeux, et prend la parole à son tour d’une voix éraillée par l’émotion. — Paul, jamais je n’aurais pensé il y a quelques mois encore que je pourrais te dire un jour ces mots. Je crois avoir toujours été amoureuse de toi, du plus loin que je m’en souvienne. Et lorsqu’il y a quelques mois tu m’as fait part de tes sentiments, tu m’as offert le plus beaux des cadeaux, celui auquel je n’osais pas rêver. Et maintenant je suis là, face à toi, prête à devenir ta femme, mon rêve est devenu une réalité. Tu es mon amoureux, mais aussi ma famille, celui qui me protège et qui me comprend. Celui qui me prépare des petits plats, lorsque je rentre tard le soir. Celui qui sacrifie une partie de son placard, pour pouvoir y installer mes stilettos. Celui qui m’emmène en balade, lorsque je me sens triste. Celui qui me dit que je suis belle, quand je pars travailler le matin. Sans toutes ces petites attentions, je ne serais pas celle que je suis aujourd’hui. Tu es mon idéal, et je veux passer ma vie à tes côtés, partager tes peines et tes joies. Je te promets de faire en sorte que notre vie soit une succession de petits et grands bonheurs. Je t’aime Paul. Alice ayant terminé, je jette un petit coup d’œil à l’assistance, et le moins que l’on puisse dire, c’est que ceux qui ont emmené des mouchoirs ont eu de l’intuition. Tout le monde y va de sa petite larme. J’avoue même moi, je joue les gros durs, mais ils ont réussi à m’ébranler. Je précise par contre que je ne pleure pas. Julien leur pose alors la question fatidique et tous deux répondent par un « oui » sonore. Il les déclare alors mari et femme, sous les applaudissements et les vivats de notre petite assistance. Paul se penche sur Alice et l’embrasse fougueusement, et je ne vous en raconterai pas plus, car je tourne la tête pour regarder ailleurs. Je vous rappelle qu’il s’agit de ma sœur alors les effusions de ce genre, ça me met plutôt mal à l’aise. La cérémonie terminée vient l’heure des embrassades et des pauses pour le photographe. Mes joues en mode « sourire ultra bright » depuis plusieurs minutes, je commence à avoir une crampe des muscles faciaux. Mais que ne ferait-on pas pour sa petite sœur chérie. — Comment as-tu trouvé la cérémonie mon poussin ? me demande ma mère. Se faire appeler « mon poussin » à presque vingt-six ans, alors que je mesure un mètre quatre-vingt-dix, que j’ai la carrure d’un rugbyman, et surtout en public, a le don de m’exaspérer. Je respire un grand coup, mais ne prends même pas la peine de répondre à sa question. D’ailleurs, elle n’attend apparemment pas une réponse, puisqu’elle est déjà en train de commenter la cérémonie toute seule. Mais bien entendu, elle ne peut s’empêcher de revenir à la charge. — Tu vois Nicolas, pour ton mariage on pourrait envisager quelque chose avec un peu plus d’invités, c’est pas mal quand il y a du monde aussi. Et puis tante Annie a été un peu déçue de ne pas être invitée, donc on ne pourra pas lui refaire le même coup la prochaine fois, et… — Maman, la coupé-je, il ne t’est jamais venu à l’esprit que je n’avais peut-être pas envie de me marier ? Ma mère me regarde interloquée comme si je venais de lui annoncer que j’avais décidé de partir vivre au Pôle Sud avec une colonie de manchots. J’avoue que je lui dis ça surtout pour l’embêter, mais après tout, je ne suis pas sûr d’avoir envie de me marier un jour. Je ne pense pas être fait pour ça tout simplement. Je la laisse donc, plantée là, la bouche grande ouverte et je rejoins Lara. — Dis-moi Rossi, que nous as-tu concocté pour la suite ? On va pouvoir bientôt boire un verre au moins ? Je pense que j’en ai bien besoin. — Pas autant que moi, crois-moi. Marie 3 jours après le mariage. — Levons nos verres à Las Vegas ! s’exclame Nico. — À notre dernière nuit de folie ! renchérit Lara. — Pas mieux, ajoute Julien. Nous levons nos shots de Téquila à l’unisson dans un éclat de rire. L’alcool me brule la gorge, mais c’est une sensation qui me plait. Notre séjour à Vegas touche à sa fin, et je dois admettre que je suis d’humeur nostalgique. Cette parenthèse enchantée prend fin, et je sais que demain les petits tracas du quotidien referont surface. Voir mes amis se marier, et avoir autant de bonheur autour de moi a été dans un premier temps rafraichissant. Mais ce soir, cela ne fait que me rappeler ma propre solitude. Pourtant, j’ai beaucoup de choses pour être heureuse, à commencer par des amis fantastiques. Professionnellement, je suis enfin propriétaire de mon salon de coiffure. C’est dur, c’est fatigant, je travaille jusqu’à 12 heures par jour, mais c’est une belle revanche sur la vie. Je me prouve à moi-même que je suis plus que la ratée que mon père a toujours affirmé que j’étais. En fait, il ne me manque qu’une seule chose : quelqu’un qui me regarde comme Paul regarde Alice. Quelqu’un à retrouver le soir quand je rentre chez moi, et à qui raconter ma journée. Quelqu’un qui me donne envie de rentrer tout simplement. Je ne demande pas à ce qu’il ressemble à Brad Pitt, ou encore qu’il ait son portefeuille. D’ailleurs si on pouvait éviter d’adopter une équipe de foot je préférerais. J’aime les enfants, mais étant fille unique la grande fratrie ça me fait un peu flipper. Bizarrement, le fait d’être célibataire ne m’a jamais vraiment posé problème jusqu’à présent, mais je ne sais pas cela doit être « l’effet mariage/fin de vacances ». — Allez Marie, lève tes jolies petites fesses de cette chaise, on va au casino, dit Lara ce qui me sort de ma rêverie. S’il y a bien une chose que je n’ai pas envie de faire, là tout de suite, c’est d’aller au casino. — Allez-y sans moi, réponds-je. Je n’ai pas vraiment envie de perdre l’argent de mon loyer ce soir. Ma réplique est un peu plus sèche que je ne l’aurais voulu. — Tu n’es pas obligée de jouer, tu peux juste nous accompagner, tente-t-elle. — J’ai juste envie d’être seule. — OK, si tu changes d’avis tu sais où nous trouver. Je soupire presque de satisfaction quand je la vois s’éloigner. Je ne pensais pas qu’elle lâcherait si vite l’affaire. Lara a tendance à être tenace. Mes amis partis, je me lève et vais m’installer sur un tabouret au bar, en prenant soin d’éviter un homme au chapeau de cow-boy qui drague tout ce qui passe depuis notre arrivée. Le bar est plutôt bondé, c’est une chance qu’il y ait encore une place de libre. Les deux barmen enchainent les cocktails plus ou moins sophistiqués, à grand renfort de moulinets de bras, qui me rappellent un instant cette danse éculée : la tecktonik (avouez, vous aviez oublié que ça a existé, et d’ailleurs vous ne la regrettez pas). Je tente une première fois d’attirer l’attention de celui le plus proche de moi, mais apparemment la blonde peroxydée à la poitrine opulente qui se trouve un peu plus loin, a des atouts plus convaincants. J’ai la gorge sèche et j’ai vraiment envie d’un autre verre, je retente un geste vers le barman. Quelques minutes plus tard, je suis exaspérée, j’ai l’impression d’être transparente. Pas une seule fois les barmen ne m’ont accordé un regard, alors que les clients se pressent les uns après les autres et repartent avec leurs boissons rapidement. Pour la énième fois, un homme s’avance à côté de moi et prend appui contre le bar. Nous levons au même moment la main pour interpeller le serveur. Celui-ci se dirige enfin vers moi, jette un coup d’œil à mon voisin et… bifurque vers lui pour prendre sa commande. Estomaquée j’attends quelques secondes, pour finalement m’adresser à lui. — Cela ne vous dérange pas de passer devant moi ? L’homme tourne la tête dans ma direction et à l’air passablement excédé par ma remarque. Il me dévisage, cligne des yeux, et me regarde à nouveau, mais les traits de son visage se sont détendus. Comme il ne me dit rien, je continue : — J’attends depuis un moment déjà. Et lorsqu’enfin le barman me voit, vous vous pointez et vous vous permettez de commander alors que c’était mon tour. L’homme me dévisage toujours, et un léger sourire s’imprime sur ses lèvres. Je rêve ou il se moque de moi ? — Je ne trouve pas ça drôle, dis-je d’un ton ferme. — Excusez-moi Mademoiselle, je ne vous avais pas vue. Sinon jamais je ne me serais permis de vous passer devant, répond-il d’une voix grave. Oh, mon Dieu cette voix ! C’est alors qu’il se décale légèrement et le faible éclairage au-dessus du bar met un peu plus en exergue son visage. Oh mon Dieu ! J’ai face à moi un des plus beaux spécimens masculins qui m’ait été donné de voir de toute ma vie. Et ses yeux, malgré l’obscurité environnante, laissent deviner un bleu magnifique. C’est alors que je réalise que je connais cet homme. Enfin, du moins je l’ai déjà vu en photo, ou à la télévision. C’est un acteur connu, je comprends mieux la réaction du barman il y a quelques instants. À choisir entre une star d’Hollywood et une petite coiffeuse de quartier, vous auriez choisi qui ? Par contre, là tout de suite, je suis incapable de trouver son nom. — Voici votre Whisky, Monsieur Clarke, l’informe le barman. Colton Clarke ! Bien sûr ! Il ne lui adresse pas un regard, sachant que ses yeux sont toujours rivés sur moi. — Puis-je vous offrir un verre pour me faire pardonner ? me demande-t-il. — Non merci, je vais me le commander toute seule. Il me regarde amusé et lève un sourcil. — Si ça vous fait plaisir. Mais accepteriez-vous que je boive mon verre avec vous ? — Vous n’avez rien de mieux à faire ? — Que boire un verre avec une femme sublime ? Pas vraiment non. Je soupire ennuyée. — Écoutez Monsieur Clarke, vous pouvez remballer votre baratin à deux balles. Si vous cherchez quelqu’un pour ne pas finir seul dans votre chambre d’hôtel ce soir, je suis sûre qu’il y a des dizaines de filles dans ce bar qui seraient ravies de vous aider. Mais je n’en fais pas partie. — Vous venez de me donner une raison de plus d’avoir envie de passer la soirée avec vous. — Si vous pensez qu’insister me fera changer d’avis, vous vous mettez le doigt dans l’œil. Il ne me répond pas et à la place fait signe au barman d’approcher. Je lui commande un autre shot de Téquila. Colton Clarke me regarde interrogatif. — Quoi ? Une femme n’a pas le droit de boire de Téquila ? — Si, mais j’aurais pensé à quelque chose de plus sophistiqué comme une Margarita. — C’est pour le côté amer que vous pensez ça ? Je ne suis pas sophistiquée. — Peut-être pas, mais complexe certainement. — Et vous avez déterminé ça alors que vous me connaissez depuis cinq minutes. — Je suis assez doué pour ça. Et j’en ai appris bien plus sur vous en seulement quelques minutes que vous ne pourrez le penser. — Remarquez, vous avez peut-être raison, moi en cinq minutes j’ai pu me rendre compte que vous vous pensez irrésistible, que votre égo est plus gros que l’hôtel tout entier, et que vous ne supportez pas que l’on vous dise non. — Vous m’avez bien cerné, répond-il en riant. Mon Dieu ce rire… C’est un rire franc et qui vous réchauffe à l’intérieur. Je ne peux m’empêcher de sourire. — Alors Mademoiselle… Il laisse un blanc pour que je lui donne mon nom, mais je n’ai pas envie de lui faire ce plaisir pour l’instant. — Quel bon vent vous emmène à Vegas ? continue-t-il devant mon silence. — Je suis venue assister au mariage d’amis. — Des amis américains ? — Non français, en fait nous venons tous de Nice dans le sud de la France. — Je connais. Quelle idée de venir se marier ici alors que vous vivez dans une si belle région. — La mariée est wedding planner. Disons que c’était une sorte de mariage surprise, organisé par son mari. C’est une longue histoire. — Mais j’ai tout mon temps, dit-il en attrapant un tabouret qui vient de se libérer. Il s’installe plus près de moi, et je sais que je n’ai pas d’autre choix que de lui raconter toute l’histoire. Je m’exécute donc. Il faut dire que je suis assez surprise, Colton écoute mon histoire, pose des questions, et semble réellement intéressé. Je suis un peu perturbée par son regard qui ne me lâche pas un instant, si ce n’est que brièvement pour nous recommander une autre tournée. — Et vous quel serait votre mariage idéal ? me demande-t-il une fois l’histoire du mariage d’Alice et Paul terminé. Je réfléchis un instant et lui réponds la vérité : — Je n’y ai jamais réellement pensé, je n’ai jamais rencontré l’homme qui me donne envie de sauter le pas. Mais je pense que la cérémonie ou la réception importent peu. Pour moi le mariage idéal sera celui où j’épouse un homme qui m’aime réellement, et assez pour ne pas essayer de changer qui je suis. — Je crois que c’est une réponse plutôt honnête. — Et vous, quel serait le mariage idéal pour vous ? Il ne répond pas tout de suite, et frotte sa main contre sa barbe de deux jours comme pour trouver de l’inspiration. Il ne me regarde plus, ses yeux sont perdus sur un point imaginaire dans la salle lorsqu’il me répond. — Je n’ai jamais envisagé me marier un jour, mais si je devais le faire, je crois que je répondrais quelque chose de similaire. J’aimerais épouser quelqu’un qui voit qui je suis, et qui m’aimerait pour ça. Après que ça se passe dans une chapelle à Vegas, une plage aux Bahamas ou au milieu du désert, cela n’aurait pas d’importance. Pendant qu’il me raconte tout cela, je réalise soudain que je suis en train de discuter de ma vision du mariage avec Colton Clarke. D’ailleurs, plusieurs clients du bar nous jettent des coups d’œil pas vraiment discrets. Ils se demandent certainement ce qu’il peut bien faire ici, à discuter avec une fille comme moi. Si ne me souviens bien, il donne plutôt dans le mannequin aux jambes interminables, et à la blondeur sophistiquée. À peu près tout l’inverse de moi. Lui aussi doit se rendre compte que nous sommes observés, car il change brutalement de sujet. — Vous avez faim ? Ça vous dirait d’aller manger un morceau ? À vrai dire, je n’ai rien avalé depuis un moment, et vu tout l’alcool que j’ai déjà ingéré, il serait peut-être temps de donner à mon estomac autre chose que du liquide. Mais j’hésite quand même à suivre un homme que j’ai rencontré il y a quelques minutes seulement, quand bien même celui-ci est connu à travers le monde. Voyant mon hésitation, Colton me dit : — Je ne vous demande pas de m’épouser, juste de partager un repas avec moi. Je décide donc de le suivre, et me lève du tabouret. Je vacille un peu, j’ai peut-être sous-estimé l’effet de la Téquila. Colton s’approche aussitôt, prêt à me retenir, et pose une paume dans le bas de mon dos, pour me guider à travers la salle. Son contact provoque une réaction épidermique instantanée et intense. J’ai tout à coup, beaucoup trop chaud. J’accélère le pas pour m’échapper de l’atmosphère étouffante du bar, tout en essayant de marcher à peu près droit. Quelques minutes plus tard, nous sommes installés dans une pizzeria, dans un box un peu à l’écart des autres clients. Ce n’est pas vraiment le genre d’endroit dans lequel j’aurais pensé qu’une star de la dimension de Colton Clarke se rendait. C’est un peu plus le style d’endroit que moi, Marie Leroy, ai l’habitude de fréquenter. Un silence un peu gêné s’est installé entre nous. Enfin, je crois que c’est surtout moi qui suis gênée, car lui semble très à l’aise au contraire. La serveuse s’approche de notre table. Elle a bien évidemment reconnu l’homme qui m’accompagne, et c’est rouge comme une tomate bien mure et balbutiante, qu’elle nous demande si nous sommes prêts à passer commande. Colton et moi avons choisi sans nous concerter la même pizza, une cannibale. Il semble encore une fois amusé par ma commande. — Quoi ? Vous avez encore un commentaire à faire au sujet de mon choix de pizza ? — Ce serait mal venu, j’ai pris la même. Pour être honnête, je suis en général entouré de femmes qui ne jurent que par la salade verte. Alors, en voir une qui apprécie une bonne pizza dégoulinante de fromage, de viande, et d’œuf, je pensais que ça n’existait plus. OK donc il me prend pour un goinfre, super. — Désolée, je vous ai déjà dit que je ne suis pas sophistiquée, répondis-je un peu énervée. — Ne vous méprenez pas je trouve ça rafraichissant, vous êtes juste surprenante sweetheart. — Ne m’appelez pas sweetheart, s’il vous plait. — Comment dois-je vous appeler alors ? Vous ne m’avez toujours pas donné votre nom, réplique-t-il avec le sourire de celui qui m’a pris à mon propre jeu. J’attends quelques secondes, le temps d’admirer un instant ses traits si plaisants. — Marie. Je m’appelle Marie. — Marie Il répète mon nom, et c’est comme si je l’entendais pour la première fois. Sa voix grave, son petit accent transforment mon prénom en une douce caresse, qui fait vibrer mon corps entier. Son regard céruléen me transperce, et encore une fois l’atmosphère me semble suffocante, sauf qu’il ne me touche même pas. — Nous sommes donc maintenant sur un pied d’égalité, je connais votre nom, vous connaissez le mien, dit-il. — On peut dire cela. Cependant j’en connais certainement un peu plus sur vous, que vous sur moi, admis-je. — Ah oui et comment ? C’est le moment où vous m’avouez qu’en fait vous m’espionnez dans l’ombre depuis deux ans, répond-il en plaisantant. — Non, pas du tout. Disons que vous apparaissez régulièrement dans la presse, ajouté-je en réalisant que je partais sur un terrain glissant. J’ai donc entendu parler de vous de temps à autre. — Et vous pensez que cela vous permet de savoir qui je suis ? Tout sourire a disparu de son visage. Il semble plus tendu, et même un peu énervé. — Non, je suppose, balbutié-je. Je suis affreusement gênée. Je fixe la serviette sur mes genoux en silence. Heureusement la serveuse nous emmène nos commandes. Nous attaquons nos pizzas sans un mot. — Excusez-moi Marie, je ne voulais pas vous mettre mal à l’aise. Vous ne vivez apparemment pas dans ce monde, vous n’êtes pas censée savoir que ce qu’on lit dans la presse à scandales, n’est bien souvent qu’un ramassis de mensonges. — C’est moi qui m’excuse, je ne devrais pas penser que je vous connais, car j’ai lu un ou deux articles sur vous, et vu un de vos films. — Ah oui quel film avez-vous vu ? Je devrais être soulagée qu’il parte sur terrain plus neutre, sauf que… je ne me souviens absolument pas du titre du film ! Je sens que mon visage reflète mon embarras. — Euh… c’était un film avec une histoire de mafia, je crois ? Il y avait une course poursuite ! m’exclamé-je alors que ce détail me revient en mémoire. Colton sourit devant mon résumé pas vraiment digne d’une chronique cinématographique. — Et alors vous l’avez trouvé comment ? sourit-il. J’hésite un peu avant de lui répondre en regardant la table, pour éviter son regard : — En fait, je me suis endormie avant la fin. Cette fois-ci il éclate d’un rire sonore, qui fait se retourner quelques personnes des tables environnantes. Son rire est si franc et naturel, qu’il me fait penser que l’homme que j’ai face à moi ne joue pas. Il me montre le vrai Colton. — J’adore ta franchise, finit-il par avouer. Je te l’accorde ce n’est pas mon meilleur film, et si tu étais fatiguée, tu as certainement mieux fait de dormir que de regarder la fin. Je ne peux m’empêcher de noter qu’il est passé au tutoiement. Mais cela ne me dérange pas. Peut-être est-ce ma récompense pour mon honnêteté ? La conversation continue entre nous deux, légère et naturelle. Il me pose des questions sur ma vie à Nice, sur mes amis, ma famille. Je l’interroge sur son métier, sur sa vie de star, et il me répond sans restriction avec une honnêteté qui me surprend. Nous discutons comme deux amis qui se redécouvrent après des années de séparation. Sauf, que son charme ne me laisse pas insensible, et je dois me rappeler régulièrement que je ne dois pas fantasmer sur lui. Il ne sera jamais mon amant, ni même mon ami. Nous habitons sur deux continents différents, et je retourne sur le mien demain. Cette soirée, aussi agréable soit-elle, restera pour nous deux, ou du moins pour moi, un beau souvenir. La pizzeria se vide peu à peu, et nous avons fini de manger depuis longtemps. J’ai commandé une Margarita, au départ pour le faire rire, puis les autres se sont enchainées. Je crois que j’apprécierai différemment ce cocktail à présent. Je viens d’avouer à Colton que c’est ma dernière soirée à Vegas, et il s’offusque que j’aie raté, selon lui, certains incontournables de la ville. Il me propose de remédier à ce problème tout de suite. Nous quittons le restaurant, et Colton attrape ma main pour m’entrainer à l’arrière d’une grosse berline noire garée juste en face. Je comprends alors qu’il s’agit alors de sa voiture personnelle. Colton échange quelques mots avec le chauffeur, pour lui indiquer de nous emmener sur Fremont street, sans pour autant lâcher ma main. Pendant le court trajet, il la caresse doucement avec son pouce. Je ne sais pas comment interpréter ce geste, mais mon cerveau embrumé par l’alcool décide de ne pas trop y penser. La voiture s’arrête, et nous descendons à proximité de Fremont. Nous y sommes allés la veille avec mes amis, cette rue couverte est étonnante de curiosités et d’animations en tous genres. — Tu sais je ne suis pas restée enfermée à l’hôtel ces derniers jours, j’ai quand même un peu visité Vegas, lui fais-je remarquer. — Je n’en doute pas, mais je voulais te faire faire quelque chose de différent. Je le suis donc à travers la foule. Certains badauds, s’arrêtent un instant dévisageant Colton, ou le pointant du doigt. Lui ne semble pas leur prêter la moindre attention. Il m’entraine vers une espèce de tour multicolore, décorée de néons. Nous nous approchons d’un employé qui nous fait immédiatement passer par une porte dérobée, alors qu’une file d’attente conséquente de l’autre côté semble être l’entrée officielle. Je suppose qu’être une star de cinéma, vous donne quelques passe-droits. Quand a-t-il eu le temps de les prévenir de son arrivée, ça je n’en sais rien. Pour ma part, je ne sais toujours pas ce que nous faisons là. Colton parle avec un employé, et se tourne enfin vers moi. — Prête à t’envoyer en l’air ? me demande-t-il avec un regard suggestif. Même si je me doute que sa question n’est qu’une métaphore pour autre chose, je ne peux m’empêcher de rougir violemment. Il le remarque, bien évidemment, et se penche vers moi pour me glisser à l’oreille. — J’adore quand tu rougis. Si mon visage n’était pas déjà écarlate, je sens que c’est fait maintenant. Il attrape ma main et me fait signe de le suivre dans la pièce d’à côté. Je comprends alors ce que nous allons faire : de la tyrolienne. Je me tends un peu en le réalisant. Je ne suis pas vraiment adepte des activités impliquant le vide, et en plus l’idée de survoler la foule et de passer au-dessus d’une route ne m’enchante pas vraiment. Colton sentant ma réticence passe son bras autour de ma taille et me dit : — Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer. Maintenant je suis tendue, non plus à cause de la tyrolienne, mais à cause de cette proximité physique qui est bien trop intime pour ma santé mentale. Je ne dois pas fantasmer sur cet homme que je ne reverrai certainement jamais. J’écoute d’une oreille distraite les instructions du moniteur, et Colton relâche son emprise pour que celui-ci puisse m’harnacher. Il s’occupe ensuite de lui. Vous voyez ce moment où vous vous demandez pourquoi vous vous êtes laissé embarquer dans un mauvais plan ? C’est exactement ce que je ressens maintenant. Mon cœur bat à toute vitesse, le stress me paralyse et je serai incapable de parler si ma vie en dépendait. Colton qui est maintenant harnaché, attrape ma main et la porte à ses lèvres pour y déposer un baiser léger comme une plume. En une seconde toutes mes terreurs s’apaisent, je n’ai d’yeux que pour cet homme que je connais depuis quelques heures seulement, et que j’ai l’impression de connaître depuis si longtemps. Et lui de son côté, me regarde d’un air énigmatique qui provoque des frissons au plus profond de mes entrailles. Le top départ est lancé et nous avançons, main dans la main vers la plateforme. Nous nous élançons dans le vide, et très vite la sensation de voler m’électrise. La vitesse est grisante, et j’éclate de rire. Je redécouvre les sensations d’une enfant à la fête foraine, alors que je ne m’étais pas sentie si insouciante depuis si longtemps. Finalement, les quelques secondes de descente filent trop vite. Une fois arrivés, et débarrassés de nos harnais, je suis encore baignée dans l’euphorie. Colton m’attire vers lui. Lui aussi aborde le sourire d’un gamin qui s’est amusé comme jamais. À cet instant, il a l’air tellement insouciant, qu’il en est encore plus beau. Il repousse une des mèches folles qui me barrent le visage, et caresse ma joue de son pouce. Mon rire cesse, et je ne peux m’empêcher de le dévorer des yeux. Les siens se posent sur mes lèvres, et je les entrouvre légèrement, poussée par l’anticipation. Un raclement de gorge nous sort alors de notre bulle. L’employé de la tyrolienne nous fait signe de quitter la plateforme pour laisser la place aux prochains clients. Colton reprend ma main et m’entraine à l’extérieur. — Tu viens souvent ici, lui demandé-je. — À vrai dire, c’est la première fois. — Tu m’as dit que j’avais raté les essentiels de Vegas, mais tu ne les connais pas non plus, le taquiné-je. — Disons que même si je viens régulièrement, il faut trouver le temps et surtout la compagnie adéquate, rajoute-t-il en me souriant. Nous reprenons la voiture et cette fois-ci nous nous arrêtons au Venetian. — Dépêche-toi, me dit Colton, j’aimerais t’emmener faire un tour en gondole avant que ça ferme. — De la gondole ? — Oui, il y a une réplique du grand canal de Venise, et tu peux y faire de la gondole. C’est tellement kitch, je n’ai jamais compris que les gens payent pour faire un tour de bateau dans une piscine. Attends, ne me dis pas que tu es le genre de fille qui trouve ça romantique, me demande-t-il soudain l’air paniqué. — Je ne te le dirai pas alors. Puis, devant son air paniqué, j’éclate de rire et ajoute : — Pas du tout, je trouve ça un peu ridicule également. Les vraies à Venise OK, mais ici non. Le gondolier nous fait signe de prendre place dans l’embarcation, et je ne suis pas très rassurée. Ce n’est pas le moment de basculer par-dessus le bord, et de me ridiculiser. De plus, les multiples Margarita font encore leur effet. Colton me précède et me tend la main. Lorsque je descends dans le bateau, je perds l’équilibre et il m’attrape immédiatement pour me coller contre lui. Ma poitrine se retrouve écrasée contre son torse ferme, tandis que son bras soutient ma taille. Je suis perturbée par cette proximité, et je sens encore une fois mes joues s’empourprer. Colton desserre un peu son étreinte et m’aide à m’installer, ses yeux ne quittent pas les miens un instant. Il s’assoit à côté de moi, et la gondole commence à se mouvoir. C’est alors que le gondolier entonne un vibrant « O sole moi ». Colton et moi échangeons un regard… et éclatons de rire ! — Dire qu’il y a des gens qui font leur demande en mariage ici, dit-il au bord des larmes. — C’est vrai ? C’est nul, il n’y a même pas le pont des Soupirs pour s’embrasser en dessous. — Tu crois à ce genre de superstitions ? — Que le fait de s’embrasser sous un pont garantit l’amour éternel ? Pas vraiment. Mais je trouve l’idée mignonne. Même si j’ai du mal à croire en l’amour éternel. Colton me regarde d’un air indescriptible. Alors que nous approchons d’un pont, il se penche vers moi et me murmure : — Ce n’est peut-être pas le pont des Soupirs, mais j’ai vraiment envie de faire ça. Sa bouche se pose alors sur la mienne, ses lèvres sont douces et pleines. Mon corps s’embrase à son contact. J’entrouvre légèrement les lèvres ouvrant le passage à sa langue, qui entame une danse sensuelle avec la mienne. Son baiser enflamme mes entrailles et une douce chaleur se diffuse à travers mon corps. Lorsqu’il prend fin, nous restons proches l’un de l’autre. Je sens son souffle sur ma peau, et ses yeux sont enflammés. Son pouce caresse délicatement ma joue. Le gondolier nous informe que notre tour est terminé, rompant alors le charme de l’instant. Alors que je regagne le quai, je suis saisie soudain par un éclair de lucidité. Ce qui vient de se passer ne peut pas se reproduire. Après ce soir, je ne reverrai plus jamais Colton. Si je le laisse m’approcher, me toucher de la sorte, je sais que m’éloigner de lui sera plus dur. Je ne le connais que depuis quelques heures, et je me sens déjà plus proche de lui que d’aucun garçon que j’ai pu fréquenter. D’autant plus que je ne suis certainement pour lui qu’un moyen de passer agréablement la soirée, rien de plus. J’accélère donc le pas, ayant besoin de m’éloigner de lui. Je le distance un peu, mais apparemment il n’entend pas cela de cette façon. Il me rattrape et pose sa main sur mon bras. — Marie attend, que se passe-t-il ? — Rien, balbutié-je. J’ai passé une bonne soirée, mais je crois qu’il est temps pour moi de rentrer à l’hôtel, dis-je en fixant mes pieds. — Marie regarde-moi. Ses mains se posent de part et d’autre de mon visage, le relevant doucement vers le sien. — Ne me dis pas que n’as rien ressenti, murmure-t-il. Je sais que toi aussi tu l’as senti. Je tremble un peu, troublée par ses paroles, et je sens les larmes emplir mes yeux. Avant que je ne puisse les laisser couler, Colton s’empare une fois encore de ma bouche. Ce baiser n’est pas tendre comme le premier, il est désespéré, et empli de désir à la fois. Je ne peux m’empêcher de nouer mes bras autour de son cou. Notre étreinte passionnée ne passe pas inaperçue au milieu du hall de l’hôtel, et déjà quelques badauds s’arrêtent pour nous observer. Colton s’en aperçoit et s’écarte légèrement, sans rompre totalement le contact. — Viens avec moi, chuchote-t-il à mon oreille. Je le suis alors à travers les couloirs de l’hôtel, je me demande s’il est déjà venu ici ou s’il nous conduit au hasard pour éviter la foule. Nous prenons un ascenseur, et lorsque nous en sortons je comprends que nous sommes à l’étage de la piscine. Cela ne doit pas être la principale de l’hôtel, plus un endroit réservé aux meilleurs clients. En ce moment, elle est déserte. Les eaux scintillent dans la nuit, et le silence est à peine rompu par le bruit d’une fontaine qui s’écoule. Colton avance un peu et se retourne subitement dans ma direction. Surprise dans mon élan, je me retrouve plaquée contre lui, mes mains reposant contre son torse. Son regard se perd dans le mien et ses mains se perdent dans mes cheveux, pour se poser contre ma nuque. Il dépose un baiser léger sur mes lèvres et me dit : — Marie, il y a un dernier endroit où j’aimerais t’emmener. Tu y es déjà allée cette semaine, mais moi jamais. Je le regarde interrogative. — Mais avant de t’y emmener, j’ai une question à te poser. Cette question je ne pensais pas la poser un jour, et encore moins à quelqu’un que je connais depuis quelques heures seulement. Mais là elle s’impose à moi comme une évidence. Il se baisse pour poser un genou à terre, tout en gardant ma main dans la sienne. Je commence à me demander où il veut en venir, puis je réalise soudain. C’est impossible ! Cela doit-être mon esprit qui s’embrouille à cause des restes de Téquila. Colton dépose un baiser sur ma main. — Marie, je n’ai jamais cru au coup de foudre jusqu’à ce soir. Et la question que je m’apprête à te poser est à la fois facile, car je n’ai jamais été aussi sûr de toute ma vie, mais difficile, car je suis terrorisé parce que ta réponse ne pourrait pas être celle que j’attends. Il prend une grande inspiration et sans me lâcher du regard un seul instant et déclare : — Marie, accepterais-tu de m’accompagner à la chapelle, et de m’épouser ?

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